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Franklin Azzi collabore avec le designer de mode Serge Ruffieux sur le projet des boutiques EP Yaying

Fidèle à son goût pour les rencontres et les collaborations artistiques, Franklin Azzi a uni son regard à celui du fashion designer Serge Ruffieux afin de concevoir le nouveau concept architectural de la marque de prêt-à-porter chinoise EP YAYING. Interview croisée.

Franklin Azzi et Serge Ruffieux, comment vous êtes-vous trouvés réunis sur ce projet de concept architectural pour EP YAYING ?

Serge Ruffieux : J’ai été chargé d’accompagner la marque EP YAYING, ce qui signifie « gage de qualité » en chinois, dans l’évolution du concept architectural de ses boutiques à travers le monde. Ses fondateurs, qui sont des collectionneurs très sensibles à l’art et à l’architecture, souhaitaient déployer la marque à l’international. En tant que designer de mode, j’ai toujours eu un goût certain pour le design et l’architecture. Je cherchais pour ce projet à travailler en tandem avec une personnalité forte de l’architecture contemporaine. Lors d’un voyage à Los Angeles, j’ai découvert la boutique que Franklin Azzi a réalisée pour Isabel Marant. L’esprit du lieu m’a marqué. J’ai tout de suite trouvé qu’il résonnait beaucoup avec ma démarche artistique.

Franklin Azzi : Quand Serge Ruffieux m’a proposé cette collaboration, j’ai aussitôt pensé que c’était une formidable opportunité pour poursuivre le dialogue amorcé avec plusieurs figures de la mode comme Christophe Lemaire, Bali Barret ou Isabel Marant. La mode est un domaine qui m’inspire depuis toujours. J’aime beaucoup l’idée d’association créative générationnelle, avec le sampling comme culture commune. Pour moi, Serge Ruffieux fait partie de la relève des fashion designers. De manière générale, je cultive dans mon travail d’architecte l’idée d’une création collaborative, nourrie de plusieurs regards et compétences. Ce projet s’est écrit à quatre mains. Serge a apporté son talent de styliste à notre savoir-faire architectural à la croisée des disciplines artistiques.

Quelles idées fortes avez-vous voulu exprimer à travers ce nouveau concept de boutiques ?

Serge Ruffieux : L’idée de contrastes et de contrepoints se trouve au cœur du projet. Nous voulions créer des rythmes visuels et expérientiels forts dans l’espace. Les pleins et les vides se conjuguent, la couleur alterne avec la blancheur, les matériaux bruts comme le béton tranchent avec le raffinement des tissus et des broderies. Ces parti-pris forment des oppositions constructives qui entrent en résonnance dans l’espace, le font vibrer et lui offrent sa singularité.

Franklin Azzi : En effet, suivant les étages ou les espaces, nous avons juxtaposé le maximalisme au minimalisme. L’hybridation de ces deux univers crée une vision atypique, une forme de dualité qui caractérise les lieux. Nous avons également travaillé de manière contextuelle sur la déambulation spatiale afin de faire de chaque boutique un lieu de vie singulier. À Shanghai, nous avons restauré une ancienne maison et intégré le jardin au cœur du bâtiment de manière à créer un lieu atypique, sans destination précise, tel un prolongement de l’espace public dans la ville. Nous avons cherché à nous décaler de l’idée de la boutique traditionnelle en donnant une véritable empreinte au site.

Quels éléments de la culture asiatique vous êtes-vous appropriés pour ce projet ?

Serge Ruffieux : Nous nous sommes attachés à utiliser des matériaux, des techniques et des savoir-faire chinois en les réinterprétant avec notre langage de créateurs occidentaux. Ainsi, la pierre de jade sert de support aux présentations d’accessoires. La brillance de la laque se trouve projetée sur les murs aux enduits mats. Les broderies traditionnelles, dont EP YAYING maîtrisent l’art, ornent les rideaux des cabines d’essayage qui peuvent elles-mêmes servir de pièces d’exposition. Nous avons hybridé notre esthétique européenne à certains codes asiatiques intemporels pour faire émerger une nouvelle écriture, adaptée à un déploiement de la marque à l’international.

Vous avez donné jour à ce projet durant l’année 2020 sans pouvoir vous rendre en Chine. Le travail à distance a-t-il modifié votre process de création ?

Franklin Azzi : Grâce aux facilités technologiques, nous avons pu mener ce projet à terme, de Paris, sans que notre vision s'en trouve altérée. Nous avons été soutenus par la qualité et la rapidité des équipes chinoises qui ont exécuté nos dessins sur place. Depuis dix ans, la Chine s'est engagée dans la réappropriation de ses savoir-faire traditionnels. Ce projet est un témoignage de cette démarche. 

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